Développement personnel

Les femmes comptent les calories au lieu de changer le monde

« Je me trouvais au lit, dans mon appartement à New York City lorsque tout est devenu sombre. Ma respiration était devenue lente, et j’avais l’impression que mon rythme cardiaque ralentissait. Je n’avais pas de pression dans la poitrine, ni de douleur, juste une sensation de fatigue intense. J’étais vidée d’énergie et dans l’incapacité de bouger. Et ensuite : le noir.

Je n’avais rien ingurgité depuis trois jours, à part boire du café et mâcher des chewing-gums. Je peux même dire que ça faisait plusieurs semaines – et années – que je mangeais très peu. J’avais 24 ans, et j’étais anorexique-boulimique.

On était en 2003, et je voulais devenir autrice et je rêvais de publier mon premier roman. Au lieu de ça, entre 15 et 29 ans, j’ai souffert de nombreux troubles anorexiques et boulimiques. J’ai gâché mes années les plus prometteuses et le peu d’énergie que j’avais à être obsédée par mon poids.

Mon problème a fini par atteindre des proportions extrêmes, et je ne suis malheureusement pas la seule femme à entretenir ce genre de relation malsaine avec la nourriture. On le voit partout : une femme qui compte ses calories, une femme au régime alors que son poids est normal, une femme qui réduit les glucides ou qui prétend être allergique au gluten pour ne pas manger de part de pizza… J’ai des amies qui passent trois heures à la salle de sport et courent des marathons en se nourrissant uniquement des bananes. Selon le National Association of Anorexia Nervosa and Associated Disorders, vingt-cinq pour cent des étudiantes enchainent des phases d’hyperphagie et de purge pour contrôler leur poids.

Ces dernières années, les femmes parlent de plus en plus des inégalités entre les sexes sur le plan du travail, des rémunérations, et les paradoxes qui s’élèvent en tentant de « tout avoir ». En surface, le féminisme du 21ème siècle semble en plein essor. Pourtant, Hanna Rosin, écrivain, dit dans son roman The End of Men paru en 2010, que les femmes sont en train de disparaitre. Littéralement. Selon un article de 2009 du American Journal of Psychiatry, les troubles du comportement alimentaires ont le taux de mortalité le plus élevé parmi les troubles mentaux.

Les femmes sont en train de s’affamer. Elles passent plus de temps à penser à leurs calories qu’à changer le monde.

Dans une étude menée en 2008 par le magazine SELF et l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, 75% des femmes ont dit avoir des comportements de trouble alimentaire, 37 % sautaient régulièrement des repas pour perdre du poids et 26% éliminaient des groupes entiers d’aliments. Le rapport concluait que “les habitudes alimentaires considérées comme normales par les femmes — comme bannir les glucides, sauter des repas et dans certains cas des régimes très stricts — peuvent en réalité être les symptômes d’un trouble alimentaire.”

Les raisons liées à cette maladie sont tout autour de nous. Les mannequins pèsent en moyenne 30% de moins que le poids recommandé et les mannequins grande taille ne font pas plus qu’un 38. La presse raconte comment Victoria Beckham a retrouvé son poids d’avant grossesse grâce au Five Hands Diet : elle mangeait l’équivalent de cinq poignées de nourriture par jour. L’actrice Elizabeth Hurley a dit au magazine Allure : “Marilyn Monroe est superbe, mais je préférerais mourir plutôt que d’être aussi grosse.” Monroe faisait 1.66 m et pesait entre 53 et 63 kg.

Même maintenant alors que des chansons comme All About That Bass de Meghan Trainor sont classées meilleures ventes, je me demande s’il s’agit de la solution ou du problème. La chanson, qui soi-disant valorise les femmes rondes, a un côté humiliant et réducteur, puisque Trainor prétend que ce qui rend heureux une femme est le fait que les hommes l’aiment pour ses rondeurs : Yeah, my mama she told me don’t worry about your size/She says boys like a little more booty to hold at night.

Les femmes doivent se réapproprier leur corps. Nous ne pouvons pas lutter contre les inégalités entre les sexes en passant des heures à compter les calories au lieu de briser le plafond de verre. Nous ne pouvons pas avoir confiance en nous alors que la dysmorphobie est aussi abondante. Il faut beaucoup d’énergie pour lutter contre toutes ces inégalités.

Je sais précisément quel impact l’obsession du poids a eu sur ma vie. Je suis sorti de ma dépression grâce à une énorme claque et une petite voix intérieure qui me murmurait : tu as encore des choses à accomplir. Je me suis rendu compte que j’étais seule et que je pouvais très bien mourir ainsi. Alors, j’ai mis mon manteau, je suis sortie aller acheter un wrap. J’ai tenté de le manger, même si c’était douloureux, physiquement et émotionnellement, mais je voulais vivre. Ma guérison a commencé ainsi. A l’époque, je mesurais 1,66 m et pesais 45 kg avec un manteau d’hiver, un sweat, un legging et des bottes. (je me pesais toujours habillée l’hiver, et si je pesais trop, je pouvais blâmer les vêtements). Il a fallu cinq années — dont deux en thérapie — pour que je retrouve des habitudes alimentaires normales.

Ma seule pensée aujourd’hui c’est : Quel gâchis ! Je pense à toutes les opportunités manquées et les objectifs non réalisés que j’ai sacrifiés à passer mon temps et mon énergie obsédée par la perte de poids. Si je pouvais parler à celle que j’étais à 25 ans, je lui dirais :

“Ton temps est précieux. Fais-toi aider. Fais-le maintenant. Tu as des choses importantes à faire. ”

Vanessa Garcia est écrivain, dramaturge, et journaliste. Elle est doctorante à l’Université de Californie à Irvine. 

 

Lorsque des femmes et des filles sont constamment obsédées par les calories, les glucides, le poids, leur apparence, elles sont freinées par tout autre pensée ou objectif. Notre santé, notre bonheur, nos relations, notre éducation et nos contributions au monde sont mis en péril et réprimés lorsque nous focalisons notre énergie physique et mentale pour contrôler notre apparence.

Rien n’est immuable. Il est toujours possible de se réapproprier sa vie en reconnaissant les forces qui nous poussent à être obsédés par le corps parfait et en reconnaissant la quantité de temps et d’énergie que nous gâchons pour ces distractions. Une fois que nous avons reconnu que notre apparence n’est pas une priorité, nous pouvons choisir de rejeter ces messages, ces croyances, ces actions qui nous enchainent. Nous pouvons nous accomplir et contribuer au monde.

Il est toujours possible de transcender sa douleur — ses pensées sombres et ses mauvaises expériences — pour devenir plus fort. Voir davantage de soi et du monde. Non en dépit de ces expériences difficiles, mais grâce à elles. Ce processus s’appelle le Body Image Resilience, et il est à portée de toutes celles qui sont prêtes à faire face aux problèmes de l’image de soi de front, plutôt que de les gérer à travers des moyens nocifs comme les troubles du comportement alimentaire, les abus d’alcool ou tout autre moyen pour tenter de cacher ou de réparer nos corps.

 

Article tiré de l’anglais Starving and Stifled: Women are Counting Calories Instead of Changing the World

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