Développement personnel

Les émotions, on s’en fout

Vous pensez peut-être que ce que vous ressentez, comme la contrariété, la colère, l’angoisse, etc, est important. Je veux dire vraiment important. Vous pensez sans doute que puisque l’on vous a fait du mal, ça vous rend important. Malheureusement ça n’est pas le cas. Les émotions sont ni plus ni moins que des émotions. La signification qu’on leur donne – ce que l’on décrète être important ou pas – arrive plus tard.

Il y a uniquement deux raisons qui nous poussent à agir dans la vie : a) pour se sentir bien, ou b) pour quelque chose qui selon nous est bien ou juste. Parfois ces deux raisons coïncident. Quelque chose nous fait nous sentir bien ET c’est la bonne chose à faire ; c’est juste fantastique.

La plupart du temps, pourtant, ces deux raisons ne coïncident pas. Quelque chose nous semble merdique mais c’est la bonne chose à faire (se lever à cinq heures du matin et aller à la salle de sport, passer du temps avec sa grand-mère un après-midi…), ou quelque chose nous semble super bien mais ça n’est pas la bonne chose à faire (tout ce qui revient à penser avec le sexe).

Agir en se basant sur ses émotions, c’est facile. On en a envie, alors on le fait. C’est comme gratter là où ça démange. C’est une satisfaction immédiate. Seulement, cette satisfaction s’en va aussi vite qu’elle est arrivée.

Agir en se basant sur ce qui est bien/juste est difficile. Tout d’abord, savoir ce qui est bien/juste n’est pas toujours très clair. Il faut souvent y réfléchir : on est partagé ou on se bat contre ses impulsions.

Lorsque l’on fait ce qui est bien/juste, les effets positifs durent plus longtemps. On en est fier des années plus tard. Ça augmente notre estime de soi et donne un sens à notre vie.

VOTRE CERVEAU EST COMPLIQUÉ

Dans ce cas on devrait seulement ignorer nos émotions et faire ce qui est bien/juste en permanence, n’est-ce pas ? C’est simple.

Comme pour beaucoup de choses dans la vie, c’est simple. Mais ça ne veut pas dire que c’est facile.

Le problème, c’est que notre cerveau n’aime pas le conflit lorsqu’il s’agit de prendre une décision. Il n’aime pas l’incertitude ou l’ambiguïté et fait des acrobaties mentales pour éviter tout inconfort. La meilleure chose que notre cerveau ait trouvée de faire est de se persuader que ce qui est agréable est la même chose que ce qui est bien.

Vous savez que vous ne devriez pas manger de la crème glacée. Malheureusement votre cerveau dit « Hé, tu as passé une journée difficile, une cuillère ne te fera pas de mal ». Et vous pensez « Tu as raison ! Merci, cerveau ! ». Ce qui est agréable est légitime. Et vous avalez sans honte un demi-litre de glace.

Vous savez qu’il est mal de tricher à un examen, mais votre cerveau vous dit « Tu as deux boulots pour te payer l’université, contrairement à tous ces étudiants gâtés. Tu mérites un petit coup de pouce de temps en temps » et donc vous regardez sur la copie de votre voisin et voilà, ce qui est agréable est devenu légitime.

Vous savez qu’il faut voter, mais vous vous dites que le système est corrompu, et que votre vote ne compte pas. Donc vous restez à la maison à jouer avec votre nouveau drone, alors qu’il est sans doute interdit de le faire voler dans le quartier. Mais bon, qui s’en soucie ? On vit en Amérique et ce qui compte c’est de devenir gros et faire tout ce que l’on veut. D’ailleurs ça doit être écrit dans la Constitution.

 

En faisant ce genre de choses régulièrement – vous convaincre que ce qui est agréable est la même chose que ce qui est juste votre cerveau va commencer à confondre les deux.

Une fois que ça se produit, vous allez croire que vos émotions ont de l’importance. Et c’est une erreur.

Les choses qui vont de travers dans notre vie sont presque toujours en lien avec le fait d’être trop attaché à nos émotions. On peut se montrer impulsif, hypocrite ou penser être le centre de l’univers… Les émotions créent ce genre de sentiments. Elles nous font croire que nous sommes le centre de l’univers, ce qui bien sûr n’est pas le cas.

Beaucoup de personnes ne sont pas d’accord avec ce concept, car leurs parents ont mis leurs émotions sur un piédestal lorsqu’ils étaient enfants et ont protégé ces émotions en tentant d’acheter bonbons et leçons de natation pour s’assurer que ces émotions étaient bien protégées.

C’est triste, mais ces parents ont probablement agi ainsi car ils ont eux aussi mis leurs émotions sur un piédestal, car ils étaient incapables de tolérer la souffrance d’un enfant en difficulté, même si ça ne durait pas. Ils ne se rendent pas compte que les enfants ont besoin d’adversité pour leur développement cognitif et émotionnel, et qu’expérimenter l’échec est en réalité ce qui nous assure la réussite, et en conséquent, vouloir se sentir bien tout le temps est la garantie de se retrouver sans ami à l’âge adulte.

C’est le problème lorsqu’on organise sa vie autour des émotions :

  1. Vos émotions sont indépendantes. Elles sont entières et vous êtes le seul à les expérimenter. Vos émotions ne vous disent pas ce qui est le mieux pour votre mère ou votre carrière ou le chien de vos voisins. Elles ne vous disent pas ce qui est mieux pour l’environnement. Ou ce qui est mieux pour le Parlement de Lithuanie. Tout ce qu’elles font c’est vous dire ce qui est mieux pour vous… et encore, ça se débat.
  1. Vos émotions sont temporaires. Elles existent seulement pendant le moment où elles sont présentes. Vos émotions ne peuvent pas vous dire ce qui sera bon pour vous dans une semaine, dans un an ou même dans vingt ans. Elles ne vous disent pas ce qui aurait été mieux pour vous lorsque vous étiez enfant ou ce que vous auriez dû étudier à l’école. Tout ce qu’elles font c’est vous dire ce qui est bon pour vous maintenant… et là encore, ça se débat.
  2. Vos émotions ne sont pas fiables.Avez-vous déjà cru qu’un de vos amis vous avait dit quelque chose d’horrible sauf qu’en réalité vous aviez juste compris de travers ? Ou alors avez-vous déjà été jaloux ou en colère contre un proche pour une raison que vous aviez complètement imaginée ? Par exemple, un ami proche ne répond plus à vos appels et vous imaginez qu’il vous déteste ou ne vous a jamais apprécié ou qu’il profitait de vous. Ou alors, vous avez l’envie irrépressible d’acheter un vêtement ou un gadget et une fois que vous l’avez, vous vous rendez compte que c’était juste pour flatter votre égo. Les émotions ne nous aident pas à connaître la vérité. Et ça, c’est un problème.

POURQUOI IL EST DIFFICILE DE DÉPASSER SES ÉMOTIONS

Le problème vient du fait que lorsqu’on tente de contrôler ses propres émotions, les émotions se multiplient. C’est comme tenter d’exterminer des lapins. Ils finissent toujours par revenir.

Non seulement nous avons des émotions pour nos expériences, mais nous avons aussi des émotions pour nos émotions. Je les appelle les « méta-émotions ».

Il existe quatre types de méta-émotions : se sentir mal de se sentir mal, (haine de soi), se sentir mal de se sentir bien (culpabilité), se sentir bien de se sentir mal (satisfaction de soi), et se sentir bien de se sentir bien (égo/narcissisme).

MÉTA-ÉMOTIONS

Se sentir mal de se sentir mal (haine de soi)

– Auto-critique excessive
– Anxiété/comportement névrosé
– Suppression des émotions
– Faire semblant d’être gentil/poli
– Sentiment que quelque chose ne va pas chez soi.

Se sentir mal de se sentir bien (culpabilité)

– Culpabilité chronique et sentiment de ne pas mériter le bonheur
– Comparaison constante aux autres
– Sentiment que quelque chose va de travers, même si tout va bien.
– Critique et négativité inutile.

Se senti bien de se sentir mal (satisfaction de soi)

– Indignation morale
– Condescendance envers les autres
– Sentiment de mériter quelque chose contrairement aux autres.
– En recherche constante d’un sentiment d’impuissance et de victimisation.

Se sentir bien de se sentir bien (égo/narcissisme)

– Satisfait de soi
– Surestime de soi
– Incapacité à accepter l’échec ou le rejet
– Éviter la confrontation ou l’inconfort
– État constant d’égocentrisme

 

Les métas-émotions nous donnent l’impression d’être légitimes dans notre jalousie. Elles nous applaudissent dans notre fierté. Elles nous poussent dans notre propre douleur.

Elles sont notre appréciation de ce qui est légitime ou non.

Ces méta-émotions ont tendance à nous déchirer de l’intérieur. 

Lorsque vous vous sentez bien de vous sentir bien, vous risquez de devenir égocentrique au point de croire que vous avez un droit sur les gens autour de vous. Lorsque vous sentir bien vous fait culpabiliser, alors vous avez l’impression de ne rein mériter, comme si vous n’aviez jamais rien à offrir aux gens autour de vous. Il y a également ceux qui se sentent mal de se sentir mal. Ces « penseurs positifs » vivent dans la peur que la moindre souffrance leur indique que quelque chose ne tourne pas rond chez eux.

Cependant, la pire méta-émotion est : se sentir bien de se sentir mal. Ces gens-là s’estiment moralement supérieurs dans leur souffrance, ils se considèrent comme les martyres d’un monde cruel. Les partisans de cette culpabilité auto-glorifiante sont ceux qui veulent pourrir la vie de quelqu’un. La plupart du temps, les conflits que l’on expérimente aujourd’hui sont le résultat de ces méta-émotions. Les foules moralisatrices se voient comme les victimes et se considèrent importantes dans chaque souffrance. Les riches se congratulent sur le fait d’être riche parallèlement au taux croissant d’anxiété et de dépression des classes inférieures et moyennes qui se détestent qu’on les oublie.

Non seulement nous tissons ces récits, mais ils sont nourris par les médias. Les talk-shows de droite attisent les flammes de la satisfaction de soi, en créant la peur irrationnelle que la société s’écroule. La société de consommation nous pousse à prendre des décisions en nous basant sur le fait de se sentir bien et ensuite nous félicite pour les décisions prises, alors que nos religions nous disent de nous sentir mal.

CONTRÔLER LA SIGNIFICATION, PAS LES ÉMOTIONS

Revenons à une vérité simple : les émotions n’ont pas nécessairement de signification. Elles veulent dire ce que nous voulons qu’elles disent.

Imaginons que je suis triste aujourd’hui. Il peut y avoir dix raisons différentes qui font que je suis triste. Certaines peuvent être importantes et d’autres non. Au final c’est moi qui donne l’importance à ces raisons.

C’est là la compétence qui nous manque aujourd’hui : la capacité de séparer l’émotion de la signification, de décider que ce n’est pas parce que l’on ressent quelque chose que cette émotion va définir notre vie.

Les émotions sont importantes. Elles sont importantes, mais pas pour les raisons auxquelles on pense. On pense qu’elles sont importantes car elles disent quelque chose sur nous. En réalité. Il n’y a pas de signification en lien avec ces émotions. Parfois on est mal pour une bonne raison. Parfois pour une mauvaise raison. Et parfois pour aucune raison.

Pour résumer, c’est à nous de décider. La plupart d’entre nous a oublié ou ne s’en est jamais rendu compte. Nous donnons la signification à notre douleur. Tout comme nous décidons ce que montre notre succès.

Le plus souvent, il n’existe qu’une seule réponse à notre douleur. Et cette réponse est : rien.

 

Article traduit de l’anglais: Fuck Your Feelings

 

 

 

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