Écriture

La Fantasy a un problème avec les femmes

On lit déjà énormément de choses sur le sujet des femmes et leur présence dans les romans de fantasy ; mais j’ai décidé de m’y mettre aussi.

La Fantasy a un problème avec les femmes.

Le grand-père du genre qui a écrit Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, est malheureusement, le pire de tous.

Tout d’abord, dans Le Hobbit, il n’y a pas de personnage féminin. Je ne parle même pas d’un personnage féminin qui aurait des lignes de dialogue, non je veux dire qu’il n’y a aucun personnage féminin dans le livre (en dehors de quelques villageoises mentionnées).

Le Seigneur des Anneaux fait les choses un peu mieux puisqu’on peut compter les personnages d’Eowyn, et bien sûr Galadriel. Malheureusement on ne compte pas de femme dans la Communauté. Le héros est incarné par Frodon ou par Aragorn, selon le point de vue qu’on porte sur l’histoire.

Concernant les femmes : le personnage d’Eowyn se développe par le biais du rejet de son affection pour Aragorn, puis plus tard de son amour naissant pour Faramir. (Je parle bien de développement, elle a plus de personnalité que cela, mais il s’agit du grand changement lié à son personnage.)

Arwen a très peu de dialogue et ne fait rien dans l’histoire à part épouser Aragorn. Elle est, littéralement, son prix pour avoir gagné la guerre.

On peut également mentionner Ioreth, personnage mineur, qui bavarde dans les Maisons de Guérison et fait preuve d’autorité envers Gandalf en lui demandant de se taire et de travailler.

Il est tentant de dire que ces romans appartenaient à « une époque différente », mais je ne suis pas d’accord. Il vaut mieux reconnaître que, peu importe les circonstances, ces livres ont fixé une norme dont il est difficile de sortir même des décennies plus tard.

La série la Roue du temps fait mieux, sur la question de la place des femmes. Cependant, soyons honnête : la plupart des rôles ne sont pas terribles. Trois d’entre elles sont complétement obsédées et amoureuses du personnage principal, et il s’agit de leur trait de personnalité prédominant. J’ai arrêté de lire cette série au milieu du tome 5 ou 6 après plusieurs pages sans la moindre action, au profit de multiples chamailleries entre les trois filles aux futilités insipides et franchement peu sympathiques.

L’Epée de vérité avait le mérite de mettre en avant le personnage de Kahlan. Un personnage féminin fort, moins défini par sa relation avec Richard que par son désir d’amener la paix et la prospérité dans son royaume. Elle faisait certes passer par moments son amour pour lui avant son devoir, mais il faisait la même chose pour elle.

Pour autant les femmes sont peu représentées dans les séries de manière générale.

Ça me brise le cœur de le reconnaître, mais Chronique du tueur de roi ne fait pas mieux. C’est ma série de fantasy préférée et pourtant il y a très peu de personnages féminins intéressants qui ne sont pas sous une forte influence patriarcale.

Le personnage féminin le plus important est Denna, dont le « patron » la frappe et la fouette pour voir jusqu’où il peut aller avant qu’elle ne décide de partir – sachant qu’il l’exhorte par la suite à revenir vers lui. Une histoire poignante sur les relations d’abus et oui, il est possible de trouver de la force en Denna, qui est un personnage profond et complexe. L’homme, Kvothe, incarne le pouvoir du mâle dans la fantasy. Qui, en lisant ce livre, n’a pas voulu être comme Kvothe ? Il est incroyable sur tous les niveaux.

Le pouvoir, on le retrouve partout, pas seulement dans les romans de fantasy. Décrier le pouvoir revient à décrier le genre de la fantasy, voire même de la fiction. Mais pourquoi faut-il que l’on retrouve ce pouvoir chez Kvothe, mais pas chez les personnages féminins ?

En dehors du personnage de Denna, il y a Felurian qui, pour résumer sans trop en dire sur la série, représente l’objet sexuel ultime, et sert uniquement aux plaisirs de Kvothe.

(à ce niveau, je veux rappeler qu’on peut aimer lire quelque chose et en même temps le critiquer. J’aime énormément Chronique du tueur de roi. Et pourtant, cette série me dérange.)

Le Trône de fer fait un meilleur boulot lorsqu’il est question de représentation des femmes. On compte entre autres Cercei, une femme terrible qui a pourtant beaucoup d’amour pour ses enfants ; Brienne, qui est la meilleure guerrière de tout Westeros, l’incarnation du « je peux faire la même chose que les hommes, et même mieux. »

Et ce n’est pas fini. Il y a Margaery Tyrel. Il y a Arya qui, même si elle souffre d’une intrigue lente, est très intéressante, et possède un vrai but. Il y a Asha Greyjoy. Il y a Sand Vipers. Et bien d’autres.

Le Trône de fer, malheureusement montre beaucoup de viols – ce qui est un autre sujet. La série TV davantage que les livres.

C’est une série qui est probablement l’une des cinq plus grandes séries de fantasy.  

Pour en revenir à ma question principale : pourquoi ?

Pourquoi n’avons-nous pas plus d’histoires où les femmes sont sur un pied d’égalité avec les hommes ? Des histoires avec autant de personnages féminins que masculins, et surtout, autant de personnages féminins intéressants que les personnages masculins ? Pourquoi les femmes sont-elles souvent des reines, des nobles ou des super-guerrières et qui pourtant doivent compter romantiquement sur un homme ?

On entend souvent dire « Évidemment, les hommes et les femmes n’étaient pas égaux à cette période de l’histoire ».

A cela je réponds : quelle période ?

Voici une carte de Westeros:

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Vous savez ce que je ne vois pas ? LA TERRE.  

Westeros n’appartient pas à notre histoire. C’est pareil pour la Terre du Milieu ou tout autre monde dans lequel nos séries de fantasy préférées se situent.

« Cette période » n’est pas un bon argument. Les gens font référence à la période de « la Terre » en disant que notre passé est le seul passé qui ait pu exister, dans toute société, partout.

On accepte sans problème que ces mondes possèdent de la magie, des elfes, des dragons, des créatures du folklore et des contes de fée. Est-ce que nous pensons que les lecteurs auraient vraiment du mal à accepter le concept des femmes ayant une place égale à celle de l’homme dans nos sociétés ? 

Pourquoi tant de séries de fantasy sont basées sur des histoires du roi Arthur et pas de Jeanne d’Arc ?

Mettons qu’il faille adhérer aux principes patriarcaux du passé de la Terre (soyons clair que ce n’est pas le cas). Est-ce que cela signifie qu’on ne peut pas créer des personnages qui sont intéressants dans leur propre droit, même s’ils sont inégaux aux yeux de la société ?

La chose la plus élémentaire à faire pour un auteur serait d’avoir au moins autant de femmes que d’hommes dans ses livres.

Certains vont prétendre que ça sonne faux de faire un quota chez les personnages. Ou ils diront que, dans certaines histoires, c’est irréaliste d’avoir autant de personnages féminins.

Je dirais à ces hommes (car oui, ce seront des hommes) que s’ils écrivent de la fantasy, c’est déjà irréaliste. Que d’un point de vue biologique, la moitié des gens sont des femmes.

Ignorer la présence des femmes, comme l’a fait Tolkien dans Le Hobbit, ou en les reléguant à des rôles non importants, comme le font d’autres auteurs de fantasy, est bien plus éloigné de la réalité.

Si vous écrivez un roman historique sur la Seconde Guerre Mondiale dans les tranchées allemandes, alors oui, c’est plus réaliste d’avoir une majorité, ou même une exclusivité de personnages masculins. Ce n’est pas le cas dans un monde de fantasy.  

Je vois deux manières d’améliorer la présence des femmes dans la fiction et la fantasy. La première méthode (celle de G. R. R. Martin) consiste à créer un monde où, oui, les femmes sont généralement considérées subordonnées aux hommes, mais elles ont le droit d’être plus que ça. Elles ont leurs propres rêves et désirs, buts et obstacles. Pour résumer, ce sont des personnes.

La deuxième méthode est tout simplement de créer des femmes égales aux hommes.

En science-fiction, un livre de space opera qui a lieu 2000 ans dans le futur n’a pas besoin d’expliquer comment les êtres humains ont quitté la terre.

Dans le genre de l’horreur, nous n’avons pas besoin d’expliquer pourquoi les fantômes sont réels. Ils sont réels car ils le sont.

Pourquoi faudrait-il qu’un auteur ou une autrice de fantasy qui créé une société égalitaire soit contraint d’expliquer les raisons qui font que les femmes sont les égales des hommes ?

Nous, auteurs et autrices, créons ces mondes. Nous pouvons faire ce que nous voulons. La fiction revient à dire : « Et si le monde était ainsi ? ». On le fait en permanence avec la technologie et la magie, alors pourquoi pas pour les genres ?

Cela ne veut pas dire que ces femmes doivent être parfaites, surmonter tous les obstacles ni être mises sur un piédestal. Ces histoires seraient assez ennuyeuses. Laissons-les avoir des défauts, des peurs, laissons-les être lâches, être fortes. Laissons-les être des reines, des guerrières, des barmaids, des navigatrices.

Laissons-les être des personnes.

Que vous créiez un monde semblable au nôtre, mais où les femmes sont des individus complexes ou bien que vous imaginiez une société qui n’a jamais adopté l’idée merdique qu’elles n’étaient pas égales aux hommes… Arrêtons tous d’imaginer que les femmes dans la fantasy doivent être traitées de la façon dont elles ont toujours été traitées.

Le genre est en train de changer. Je pense qu’il a besoin de changer plus vite. Et il changera seulement si les écrivains adaptent leur façon d’écrire et si les lecteurs les recherchent activement.

J’ai un rôle à jouer dans ce changement, et vous aussi.

Article traduit de l’anglais The Fantasy genre Hates Women

4 réflexions au sujet de « La Fantasy a un problème avec les femmes »

  1. Oui, c’est un article qui fait réfléchir. 😉 Bon, dans Game of Thrones, je trouve ça fou qu’on ne mentionne pas Daenerys, mais sinon, je suis d’accord avec la conclusion : « faisons changer les choses ! »

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