Écriture

Écrire ce que l’on ressent

Écrivez ce que vous connaissez” et “Écrivez ce que vous aimez”, ce sont des conseils qu’on répète très souvent aux écrivains, et bien que je préfère le deuxième (car soyons honnête, il y a beaucoup de choses très cool que je ne connais pas), pour moi ce qui rend une histoire vivante est quand on écrit ce que l’on ressent.

Beaucoup d’écrivains sont réticents à le faire. C’est facile de parler de ses loisirs avec les lecteurs, mais lorsqu’il s’agit de partager des sentiments, beaucoup de gens se tournent vers The Emotion Thesaurus ou quelque chose de semblable. Je ne critique absolument pas ce livre, et je suis la première à admettre qu’il m’a aidé plus d’une fois lorsque je bloquais sur mes manuscrits. Malheureusement, si vous vous basez sur des sources extérieures lorsqu’il s’agit des émotions cruciales de votre histoire, vous trompez à la fois vos personnages et vos lecteurs.

 

 

À l’adolescence, on expérimente à la fois des hauts et des bas. Tentez de canaliser ces souvenirs, de les revivre, d’explorer la façon dont la joie, la souffrance, la colère, la culpabilité vous ont affectés à la fois intérieurement et extérieurement. Quelles pensées vous viennent lorsque vous vous remémorez le jour où vous avez perdu quelqu’un pour la première fois ? Vous pensez peut-être n’avoir aucune référence personnelle qui puisse vous aider sur votre intrigue, mais si vous cherchez assez profondément en vous, il y a des chances pour que vous trouviez. Par exemple, un enfant de quatre ans qui a peur de perdre ses parents dans un grand magasin bondé ne semble avoir aucun point commun avec un homme de quarante ans qui attend avec angoisse les résultats de sa biopsie. Mais ces deux personnages ne sont-ils pas tous les deux emplis de terreur face au futur, à se demander jusqu’à quel point leur vie risque de changer ?

Aborder les émotions de cette manière peut être difficile pour plusieurs raisons. D’abord, cela nécessite de revivre la souffrance, ou les moments inconfortables de sa vie. Winter Kim, mon personnage principal dans Vicarious, souffre d’ESPT, un état qui se manifeste en partie par des épisodes de désespoir. J’étais très mal lorsque j’ai écrit le premier jet du roman, et à l’époque, canaliser ma souffrance s’est révélé thérapeutique. J’avais en quelque sorte créé un substitut, quelqu’un qui puisse porter une partie du fardeau pour moi. Pour autant, corriger le livre et élaborer la suite a été difficile, car beaucoup de temps s’était écoulé et j’allais donc mieux. Je reconnais être très facilement affectée par les humeurs des gens et apparemment aussi par les personnages fictifs. Lire des passages où Winter est dépassé par la tristesse me renvoyait à cette souffrance de mon passé. J’ai tenté de retrouver cet état d’esprit à la fois pour les corrections de Vicarious et pour écrire la suite afin que Winter continue d’être authentique (bien évidemment, vous ne devriez pas faire ça avec un souvenir qui est tellement traumatisant que cela risque de déclencher des épisodes de dépression, d’anxiété, etc. La qualité de votre travail est importante, mais ce n’est jamais plus important que votre santé mentale et physique.)

 

 

La deuxième raison pour laquelle il est difficile d’écrire ce que l’on ressent est qu’il faut savoir encaisser les critiques négatives. Si vous êtes astronaute ou gamer et que vous parlez de choses qui vous intéressent et qu’une critique dit que c’est ennuyeux et débile : on s’en fiche. On accepte le fait que chacun aime des choses différentes. Par contre, lorsqu’on retranscrit une rupture amoureuse douloureuse (comme je l’ai fait dans un de mes livres contemporain) et que l’on entend des étrangers dire que votre personnage est faible, désespéré, et antiféministe de vouloir récupérer son petit ami, ça peut faire mal. Personnellement, ça m’a fait mal.

En dehors de ça, je n’ai aucun regret que mes livres soient aussi personnels. Mes histoires racontent celles d’une fille courageuse de la Renaissance, d’une star de foot au cœur brisé, d’un garçon détaché et cynique, d’un joueur de tennis avec le syndrome du survivant et d’une cascadeuse émotionnellement brisée. Je ne suis aucun de ces personnages. Je n’ai jamais été l’un d’entre eux, et en surface, ces personnages semblent avoir très peu de choses en commun les uns avec aux autres. Cependant, une chose qui est souvent dite sur mon écriture, même dans les critiques négatives, c’est que mes personnages semblent réels – étoffés, vulnérable, auxquels on peut s’identifier. J’ai réussi à utiliser mes sentiments les plus profonds et à leur permettre de trouver un chemin dans mes histoires, à partager des éléments personnels qui se retranscrivent dans mes personnages.

Tous les lecteurs ne seront pas capables de s’identifier à une histoire en particulier, mais nous pouvons tous nous identifier aux émotions. Cette même rupture qui a suscité tellement de mépris a aussi amené un déluge d’e-mails de la part de gens qui ont lu le livre pendant qu’ils vivaient leur propre rupture. Ces lecteurs étaient réconfortés par l’histoire du personnage. Ils n’ont pas seulement trouvé une échappatoire, mais aussi de l’espoir à travers les pages du livre. Et je retrouve de l’espoir dans leurs mots.

Écrivez avec courage. Écrivez de manière honnête. Écrivez ce que vous ressentez. Ça en vaut la peine.

 

Article traduit de l’anglais Write What You Feel

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