Développement personnel

Douleur émotionnelle et image de soi

Je souffrais d’une douleur à la nuque et à la colonne vertébrale depuis presque un an lorsqu’un ami (un ange déguisé en humain dont je donnerais le nom à toux ceux qui ont besoin d’effectuer un travail de guérison à NYC) m’a recommandé un livre qui a changé ma vie.

Mon médecin avait diagnostiqué une hernie discale, même si ça n’expliquait pas techniquement mes symptômes, et le combo de décontractants/séances de kinésithérapie qu’il m’a prescrit n’a pas du tout aidé.

Lorsque j’ai commencé à lire Guérir le mal de dos : une relation corps-esprit, de John Sarno MD, j’ai compris quelque chose.

Dr. Sarno suggère que l’augmentation inexplicable de douleur au dos de manière chronique est en fait souvent dans notre culture une façon de réprimer une douleur émotionnelle. Il pointe du doigt le fait que la médecine occidentale ne peut pas vraiment expliquer ce qui ne va pas la plupart du temps pour les gens qui ont une douleur chronique au dos, car ça n’est pas vraiment logique.

 

Face à des personnes en souffrance que les médecins n’arrivent pas à comprendre, ces derniers ont tendance à faire des diagnostics comme le mien, vague et irrationnel.  Beaucoup de gens ont des hernies discales sans en souffrir, après tout. Mais alors que j’ai toujours une hernie discale aujourd’hui, je ne souffre plus – donc clairement les disques n’étaient pas la cause directe de la douleur.

Bon peut-être que ce n’est pas logique, mais il y a bien quelque chose qui se passe. Sinon, pourquoi tant de personnes souffriraient de douleurs chroniques ? (et non, ce n’est pas juste dans leur tête)

Pour résumer grossièrement son livre, le Dr. Sarno suggère que nos corps créent la douleur physique comme moyen de se distraire ou d’exprimer une douleur émotionnelle.

“Il n’y a rien de mieux qu’un peu de douleur physique pour vous distraire de vos problèmes émotionnels” dit-il.

Je n’avais encore jamais entendu un médecin faire le lien entre douleur émotionnelle et douleur physique de cette façon, ni d’appeler ça un moyen de distraction. C’était la chose la plus osée, vraie et révolutionnaire que j’ai jamais entendue.

Non seulement le travail du Dr. Sarno m’a aidée personnellement, mais de plusieurs façons, ses idées m’ont menée à une autre vision du corps et la compréhension que nous avons de lui, et ce dont nous avons besoin pour guérir, pardonner, accepter notre corps.

“il est parfaitement acceptable d’avoir un problème physique dans notre culture, mais les gens ont tendance se désintéresser de tout ce qui a un rapport avec les émotions.”

John Sarno, MD

Ce que j’ai commencé à comprendre, c’est que l’expérience humaine est quelque chose de douloureux, mais nous avons tous besoin de nous sentir légitime dans notre souffrance et nos douleurs. Ce serait bien plus dur à supporter de souffrir pour une raison qui nous rend encore plus isolé et seul que nous ne sommes déjà, et donc le cerveau nous protège en nous connectant aux autres dans notre souffrance. Puisque notre souffrance est partagée par plusieurs, elle semble légitime, et en plus on est facilement compris et on attire la sympathie.

Si vous dites à un collègue « mon dos me fait un mal de chien », il vous comprend instantanément et peut vous pouvez même vous retrouver à partager ensemble, et de manière sympathique, ses histoires de mal de dos.

Si, d’un autre côté, vous dites à votre collègue « j’ai des difficultés avec une souffrance existentielle car je ne me sens pas vivre en alignement avec mes idéaux » vous n’allez probablement pas susciter un moyen de connexion ou de compréhension.

Les humains sont un peuple tribal, et la connexion avec les autres est la racine de tous nos désirs. Nous vivons dans une culture qui catégorise la souffrance mentale et la souffrance émotionnelle comme quelque chose entre l’« imaginaire » et la « preuve d’un défaut de caractère ». Cette même culture glorifie les douleurs tangibles qui ont l’air scientifique comme les hernies discales.

En grandissant, on apprend tous quel genre de souffrance est réelle, légitime et normale, et cette information aide le corps à prendre des décisions sur le genre de souffrance que nous expérimenterons.

Dans ma pratique du coaching, je le vois d’une façon un peu différente.

Notre douleur émotionnelle abstraite est projetée dans des zones de souffrance qui paraissent tangibles et légitimes. Pour les femmes, comme vous vous en doutez, cela se traduit souvent par obséder sur ses complexes, ses défauts, son poids.

Pourquoi ? Parce que, tout comme la douleur au dos, la culture a décidé que ces sujets sont réels, légitimes et des raisons acceptables pour une femme de souffrir.

Les émotions profondes comme se sentir en sécurité, triste, en colère, seul, ou déconnecté sont considérés trop personnels ou inappropriés. On est sensé dépassé ça, être positif, arrêter de se plaindre et être « moralement assez forte » pour ne pas ressentir ces choses-là.

Mais « se sentir grosse ? » Vous pouvez vous plaindre de ça toute la journée, et tout le monde va se montrer compréhensif.

Si nous voulons une meilleure relation avec notre corps, nous devons changer la façon dont nous nous identifions à notre souffrance et reconnaître que les problématiques liées à l’image de soi sont un substitut, une distraction, une représentation ou un moyen de réprimer la souffrance émotionnelle.

Il est intéressant de noter que, même si de nombreux hommes sont insatisfaits de leur corps ou de leur apparence, ce n’est pas typiquement considéré comme « acceptable » pour eux de s’en plaindre. Les insécurités liées au corps sont considérées « féminines » et ne sont donc pas légitimées comme c’est le cas pour les femmes.

Bien sûr, beaucoup de choses dépendent de l’entourage et des personnes. Prenons l’exemple d’un danseur de ballet, qui développe des troubles du comportement alimentaire, car dans ce milieu il est normal et légitime de se préoccuper de son corps, et tout le monde dans sa communauté comprendrait ses problématiques sur l’image de soi.

Nous voulons être vu et connecter les uns aux autres, aussi souvent que nous le souhaitons, pour être accepté et nous sentir normal, même dans notre souffrance. Pour y parvenir, nous utilisons naturellement des comportements et un langage qui sont considérés légitimes et acceptable par la communauté que nous choisissons.

Par exemple : des hommes qui connectent les uns aux autres en projetant leur expérience émotionnelle collective sur le sport, ce qui est considéré comme un contexte approprié pour des hommes conventionnels pour exprimer de la tristesse, colère, crainte ou joie.

Pour beaucoup de femmes, cela signifie partager des commentaires qui révèlent nos insatisfactions avec nos corps avec des remarques comme : “ces cupcakes ont l’air bons, mais j’essaie d’être raisonnable,” ou “Si seulement je pouvais mettre une robe comme celle-ci mais avec mes hanches ça ne serait pas jolie.”

Est-ce surprenant que notre relation à notre corps soit si compliqué ? Notre corps devient le souffre-douleur, pour que nous puissions quand même obtenir ce que nous désirons — c’est-à-dire connecter avec les autres.

J’aimerais voir un monde dans lequel nous acceptons tous la souffrance émotionnelle autant que nous acceptons les problématiques de l’image de soi

Un monde dans lequel nous pouvons tous être honnêtes (avec nous-mêmes et les autres) sur ce qui nous fait vraiment mal, et où nous n’avons pas besoin de créer des écrans de fumée pour notre souffrance.

 

Article traduit de l’anglais Back Pain & Body Image

 

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