Écriture

Ce que les auteurs gagnent : un mythe culturel

Le travail d’auteur est très souvent incompris. Comme il n’y a pas de rémunération fixe et très peu de structure définie, les gens font pas mal de suppositions sur la profession. L’écrivain est parfois perçu comme une figure mystérieuse, un rêveur qui vit en fonction de son inspiration. C’est facile pour les écrivains : si vous écrivez un bestseller ou que votre roman est adapté au cinéma, vous n’avez plus à travailler de votre vie.

Enfin, il s’agit d’un mythe.

Selon la Société des Auteurs (qui sert de syndicat pour les auteurs), les revenus des écrivains n’ont cessé de diminuer ces dix dernières années. L’industrie met en avant les éditeurs et les libraires (qui ont des salaires fixes), mais lorsqu’il s’agit des écrivains, il y a tellement de personnes qui veulent ce boulot, que les conditions sont difficiles. Dans les maisons d’édition, les écrivains ne sont même pas traités comme faisant partie de l’équipe. À la sortie de 50 nuances de Grey, Random House a enregistré des bénéfices records et a décidé d’accorder une promotion de 5000 dollars à tous ceux travaillant dans l’équipe de l’entreprise. Cela n’incluait pas leurs écrivains.

Cette décision renforce la croyance sous-jacente que les écrivains sont des artistes et que les artistes devraient travailler uniquement par amour de l’art. L’argent et l’art ne font pas bon ménage. D’après les chiffres recueillis par l’ALCS (Authors Licensing and Collecting Society au Royaume-Uni), on remarque que pour chaque JK Rowling ou Ian Rankin il y a énormément de petits écrivains dont les ventes ne permettent pas un salaire minimum. Inversement, le top 10% des écrivains gagnent plus de 50% des revenus totaux. Comme dans tout travail artistique, le gagnant rafle tout.

Du côté des éditeurs, ces derniers font la chasse pour trouver ces gagnants afin de vendre plus de livres qu’ils ne peuvent produire. Au Royaume-Uni, sur un million de livres publiés chaque année, seulement un quart sont publiés traditionnellement. En moyenne, un premier roman se vend à 1000 exemplaires ; vous comprenez contre quoi se battent les écrivains. Même si en général l’écrivain perçoit une petite avance (à-valoir) de la part de l’éditeur, un écrivain doit quand même gagner de l’argent grâce aux ventes.

 

Combien de ventes doit faire un auteur pour vivre ?

Le revenu moyen au Royaume-Uni est d’environ 26 500£ en 2012. Pour gagner ce montant avec un contrat d’édition, en vendant le livre à 7.99£ et avec une rémunération de 10%, l’auteur a besoin de vendre 33 166 exemplaires par an. Cela fait beaucoup de livres ! Pour être situé en tête des ventes au Royaume-Uni, il aurait fallu vendre presque 20 000 exemplaires par semaine. Ce qui veut dire qu’être numéro 1 ne vous permet même pas de gagner le minimum nécessaire pour vivre (et ce livre peut avoir pris des mois, voire des années à écrire). Comme la plupart des boulots au Royaume-Uni, il existe un plafond de verre. Les écrivains femmes gagnent en moyenne seulement 77,5% autant que les hommes. Leurs livres ont aussi moins de chance d’obtenir des critiques dans la presse traditionnelle ou d’obtenir des récompenses (sauf pour le prestigieux Women’s Prize for Fiction).

En 2005, le salaire en moyenne gagné par un écrivain professionnel au Royaume-Uni était de 28 340£ mais comme il y a un très grand écart de salaire, la médiane est plus parlante : 12 330£. C’est en dessous du salaire minimum.

 

La problématique ne concerne pas uniquement les auteurs. Les livres ont une place vitale dans notre culture. Ils sont à la source d’idées, d’histoires qui stimulent l’imagination et surtout, qui inspirent. La révolution digitale a permis de contrebalancer le pouvoir détenu par les éditeurs et les critiques littéraires, très souvent représentés par des hommes, blancs, la cinquantaine. Mais la valeur du travail d’un écrivain et les idées fausses véhiculées sur ce travail font qu’il est très difficile de faire sa place dans la profession. Si nous n’avons pas d’estime pour les gens qui nous inspirent (et l’argent est une marque d’estime), alors quel genre de culture construisons-nous ?

 

Article tiré de Huffingtonpost

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