Écriture

15 façons de faire souffrir vos personnages (pour le bien de votre roman)

Est-ce que vos personnages souffrent assez ?

Même si vous écrivez une romance, à un moment, il faudra bien qu’un personnage souffre.

Je ne dis pas qu’il faut à tout prix torturer ses personnages, bien évidemment – à moins que cela ne soit le genre du roman.

En règle générale, faire souffrir ses personnages devrait servir à :

  • Faire avancer l’intrigue : il est important que le héros souffre avant de parvenir à son but. Souvent, la souffrance pousse le personnage à agir : il est malheureux et veut changer sa vie.
  • Approfondir ou révéler un personnage : pour dévoiler la véritable nature du personnage lorsqu’il souffre (quelqu’un de lâche qui révèle sa force cachée ; quelqu’un de gentil en surface qui révèle un côté vindicatif) ou pour mieux montrer leur caractère.

Lorsque nous voyons quelqu’un qui est blessé ou qui souffre, nous ressentons naturellement de la compassion pour lui. Dans le cas contraire, lorsque le méchant souffre, nous ressentons de la satisfaction au fait que justice soit rendue. Plus les méchants sont cruels, moins on sera triste pour eux – même si leurs souffrances prennent des proportions extrêmes (exemple de Ramsay dans Game of Thrones).

Lorsqu’il s’agit d’un personnage secondaire qui souffre, l’accent est porté sur la réaction du héros (ou du méchant) : lui vient-il en aide ? Est-il affligé ? Amusé ? Indifférent ? Présenter un personnage qui est en souffrance peut aussi être une bonne manière de créer de la compassion de la part du lecteur.

15 façons de faire souffrir un personnage

Il existe bien sûr plusieurs moyens évidents pour faire souffrir ses personnages : la violence physique est en haut de la liste. Malheureusement, ça ne convient pas toujours aux buts de la narration (vous pouvez casser les jambes de votre protagoniste, mais s’il doit continuer de marcher, ça risque de poser problème pour le reste de l’histoire) – et ça ne convient pas à tous les publics.

Souvenez-vous que, la souffrance et le malheur ne vont pas suffire à eux seuls pour rendre une histoire intéressante : l’important est la façon dont cela affecte les personnages et l’intrigue.

 

Souffrance physique

 

1: Le manque de sommeil

Comme tout parent d’enfant en bas âge peut vous le dire, cela peut être assez horrible. On combine l’épuisement physique avec des difficultés émotionnelles. C’est un choix utile si vous souhaitez éviter la violence pure et simple, ou si vous souhaitez quelque chose d’émotionnellement plus épuisant que la souffrance physique.

La cause du manque de sommeil est importante ; cela aura un impact sur le ressenti du personnage. Un bébé ? Un partenaire qui ronfle ? L’insomnie ? Torture délibérée ?

Pratique pour : compliquer certaines situations (le personnage peut se mettre en danger en conduisant) ; découvrir la nature d’un personnage/comment il réagit sous pression.

Exemple : Saison 4 de Dexter, Dexter et sa femme Rita manquent cruellement de sommeil à cause de leur bébé Harrison – à cause de cela, Dexter apporte par mégarde le mauvais document au tribunal, et un tueur se retrouve libéré.

 

2. La faim

Un personnage qui a faim ressent le besoin d’assouvir un besoin très basique. Ce peut être une situation temporaire (coincé dans un endroit sans nourriture et sans eau) ou une forme de souffrance sur la durée autour de laquelle l’intrigue est centrée.

Pratique pour : forcer les personnages à prendre des décisions difficiles (allant du vol pour nourrir un enfant au cannibalisme).

Exemple : Dans The Hunger Games, de Suzanne Collins, comme on le devine dans le titre, la faim est au centre de l’intrigue. Des adolescents sont en compétition dans le but de récupérer de la nourriture pour leur communauté.

 

3. Les problèmes de santé

Tout problème de santé sur le long terme peut avoir un impact sur l’intrigue. Il n’est pas utile que ce soit une présence constante : par exemple, si un personnage souffre occasionnellement de migraines, cela devient source de stress et de conflit, mais pas un obstacle à chaque moment.

Pratique pour : (si la condition existe depuis le début) limiter un protagoniste qui serait trop puissant ou réussirait trop facilement ; (si la condition se développe au cours du roman) obliger un personnage à accepter le fait d’avoir perdu espoir – ou à faire face à sa propre mortalité.

Exemple : un des personnages principaux dans And Then It Happened de Linda Green se retrouve dans le coma, à cause d’un choc à la tête.

 

4. La grossesse

Même s’il peut sembler étrange de le classer dans la souffrance, la grossesse limitera un personnage – nausées matinales et épuisement pendant le premier trimestre ; taille croissante et fatigue dans le troisième trimestre. Il y a aussi la possibilité d’une grossesse non désirée, et la façon dont le personnage réagit – ce qui nous oriente vers un type de souffrance plus émotionnelle. Dans certains romans d’amour, la grossesse (en particulier par accident) peut être une source de conflit et de tension.

Pratique pour : les réactions des autres personnages (inquiétude vis-à-vis du personnage enceinte et l’enfant à naître) ; augmente la tension si le personnage enceinte se retrouve dans une situation dangereuse ; source de tension pour une éventuelle complication ou pour le travail et la naissance.

Exemple : Angela Burr dans The Night Manager est enceinte de son premier enfant – ça n’a pas d’impact particulièrement dramatique sur l’intrigue, mais sa condition la rend potentiellement plus vulnérable, en particulier lorsqu’elle s’implique de plus en plus dans l’action vers la fin de la série.

 

5. La blessure à long terme

Une jambe ou un bras cassé, ou une blessure sérieuse, peuvent limiter les actions du personnage pendant un long moment. Ça ne va pas nécessairement créer une souffrance en continu (un membre cassé sera très douloureux juste après, mais en imaginant que c’est soigné et que le personnage prend des antalgiques, ce sera plus comme une gêne qu’une source d’agonie).

Pratique pour : mettre un personnage sur la touche à un moment particulier de l’intrigue ; créer une réaction des personnages face au blessé ; mettre en scène la façon dont le personnage réagit par rapport au temps de repos et à la guérison.

Exemple : Dans The Accident Season, un roman young adult de Moira Fowley-Doyle, plusieurs personnages sont blessés – au début de l’histoire, Cara (la narratrice) a le poignet foulé, et sa grande sœur Alice est tombée dans les escaliers.

 

6. La blessure à court terme

Ce n’est pas forcément une blessure mineure, mais elle doit être résolue assez rapidement avec des effets qui ne durent pas. Si le personnage a perdu beaucoup de sang, on peut lui mettre un bandage pour qu’il soit de nouveau sur pied après un ou deux jours.

Les blessures à court terme peuvent être douloureuses (contusions, brûlures) sans être invalidantes.

Pratique pour : les douleurs et traumatismes immédiats ; remettre un personnage rapidement dans l’intrigue ; changer les relations entre le personnage blessé et celui (ceux) qui aide.

Exemple : Dans Off to be the Wizard, un roman de Scott Meyer, le protagoniste Martin souffre de plusieurs blessures peu importantes et assez amusantes, en particulier dans les premiers chapitres.

 

7. L’emprisonnement

Un personnage se retrouve emprisonné. La souffrance ici peut simplement être la perte de la liberté, ou accompagné d’autres formes de souffrance (séparation des gens qu’il aime, être maltraité, torturé, affamé…) Si le personnage emprisonné est important, cela peut amener le protagoniste à venir le secourir.

Pratique pour : mettre un personnage sur la touche ; donner du temps au personnage pour réfléchir ; faire avancer l’intrigue (par une tentative de fuite).

Exemple : Tony Stark dans Iron Man est capturé par des terroristes au début de l’histoire : c’est un moment extrêmement important à la fois pour le personnage et pour l’intrigue de toute la série Iron Man : il créé le costume Iron Man afin de s’échapper.

 

8. La torture

Le personnage est brutalisé de manière délibérée et répétée par un autre personnage. En règle générale le but est d’obtenir des informations, mais ça peut être une forme de punition… ou pour « s’amuser » si l’antagoniste est particulièrement sadique. Cela peut aussi être dans le but de tester le personnage, pas forcément de le faire souffrir en soi.

Pratique pour : montrer les méchants sous leur plus mauvais jour ; repousser les limites de vos personnages ; ou alors mettre le doute sur la morale du héros (dans quelles circonstances le gentil torturerait-il quelqu’un ?) ; faire angoisser le protagoniste si quelqu’un est torturé pour le faire chanter.

Exemple : Captain Reynolds dans Firefly et Wash dans Histoires anciennes sont torturés par le méchant, Niska ; un élément clé dans le développement du personnage.

 

Souffrance non-physique

 

9. Les problèmes financiers

L’argent peut être une énorme source de stress. Cela fonctionne pour à peu près tous les personnages ; que le personnage perde tout son argent ou qu’il soit en instance de divorce (par exemple).

Pratique pour : mettre de la pression dans une relation ; forcer des décisions difficiles ; créer des conflits entre personnages.

Exemple : dans Les Assistantes de Camille Perri, ou cela créé un fossé entre un homme riche et son assistante, qui doit rembourser un prêt étudiant.

 

10. Perdre son travail

En soi, ce n’est pas nécessairement une forme de souffrance – sauf si on sait que le personnage avait besoin de ce travail et que cela conduit à des difficultés financières et sociales. Si perdre son emploi est un peu trop drastique, une menace explicite peut aussi être un moyen d’atteindre le même effet. Dans les romans jeunesse ou young adult, l’équivalent est le renvoi de l’école, ou la menace du renvoi.

Pratique pour : des problèmes relationnels (avec son épouse, ses ex-collègues, etc.); les personnages qui se blâment eux-mêmes ; libérer du temps pour un personnage qui fera des choses plus intéressantes que son travail.

Exemple : Une source importante de tension dans la saison 1 d’Agent Carter dans Marvel : Agent Carter est le fossé qui sépare le travail de Peggy Carter et les activités illégales qu’elle mène pour protéger Howard Stark.

 

11. Les problèmes sociaux

Peut-être que votre personnage est rejeté par sa communauté, ou incompris, ou diffamé. Il est peut-être en tort ou innocent – voire entre les deux. Au départ, cette souffrance peut venir d’un sentiment de solitude puis empirer ; si vous écrivez quelque chose d’assez sombre, le personnage peut se retrouver poursuivi et physiquement attaqué.

Pratique pour : questionner une identité ; donner un nouveau tournant à l’intrigue ; montrer que le personnage n’a rien à perdre, ou qu’il peut prendre des mauvaises décisions.

Exemple : Dans Storming de K.M. Weiland, Hitch, le protagoniste retourne dans la communauté soudée qu’il avait quittée des années plus tôt – et il rencontre beaucoup d’animosité (en particulier venant de sa belle-sœur).

 

12. Le deuil

Une façon particulièrement horrible de faire souffrir son personnage est de tuer quelqu’un qu’il aime. Cela peut faire partie de l’intrigue (l’antagoniste assassine son meilleur ami) ou cela peut faire partie du récit (son épouse est mourante ou est morte avant le début de l’histoire).

Pratique pour : mettre en scène la détresse et le désespoir profond ; questionner le but du personnage ; renforcer la détermination du personnage à atteindre son but.

Exemple : Le détective Jamie Brooke dans Desecration de Joanna Penn voit sa fille, âgée de 14 ans et gravement malade, décéder vers la moitié du roman : c’est une source immense de chagrin pour Jamie, mais aussi une partie critique de l’intrigue, puisque le corps est dérobé.

 

13. Les troubles psychiques

Il existe une grande variété de souffrances sous l’appellation “maladie mentale” – dépression, angoisses, troubles du comportement alimentaire, addictions, syndrome post-traumatique, etc. Votre protagoniste – ou un ami, un parent – peut souffrir d’une de ces maladies. Cela va sans dire, mais il faut traiter ces sujets avec prudence et sensibilité.

Pratique pour : débuter un roman avec un personnage qui rencontre déjà des difficultés ; présenter des problèmes de santé mentale à mi-chemin résultant d’événements traumatiques.

Exemple : Jessica Jones souffre d’une forme de stress post-traumatique dès le premier épisode.

 

14. La souffrance ésotérique

J’utilise cette appellation pour tous types de souffrance dans le cadre de la fiction, l’horreur, et certains thrillers. Les pouvoirs psychiques et les superpouvoirs peuvent créer de la souffrance causée par quelque chose de surnaturel, comme une technologie avancée ou un démon maléfique.

Pratique pour : quelque chose de douloureux dont les effets ne durent pas ; mettre en valeur le pouvoir de l’antagoniste à distance ; causer d’autres types de souffrance ou interagir avec elles.

Exemple: Le chasseur dans la trilogie Coldfire de Ceila Friedman peut infliger ce genre de souffrance, en particulier sous la forme de cauchemars.

 

15. La peur

Une forme assez simple de souffrance est la peur. Cela ne veut pas forcément dire que le personnage sera blessé : le seul fait qu’il ait peur peut augmenter la tension, et le pousser à prendre de mauvaises décisions.

Pratique pour : augmenter la tension sans augmenter le nombre de morts ; mettre en scène une prise de décision courageuse (ou montrer qu’ils vivent avec le fait de ne pas l’avoir pris).

Exemple : Dans Room, d’Emma Donoghue, Jack, âgé de cinq ans, accepte de suivre le plan de sa mère pour les libérer (ce qui implique l’enrouler dans un tapis et prétendre qu’il est mort) malgré le fait qu’il ait peur.

 

Article original tiré de « 15 ways to make your characters suffer »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *